Conversations socialistes


Si vous n’êtes pas familier avec le système politique québécois et canadien, nous vous invitons à lire en préambule notre page sur la politique au Canada.

 

Questionnaire relatif au monde politique de votre pays de résidence

Préambule

La consultation militante du 1er octobre 2009 a été saluée par les plus optimistes comme le sursaut tant attendu du Parti socialiste.

Les militants ont retrouvé le chemin des urnes de leur section, non pas pour désigner le prochain présidentiable, mais pour donner mandat au bureau national de réformer le Parti. Un projet ambitieux qui, s’il atteint ses objectifs, pourrait influencer profondément les pratiques politiques françaises.

Mais personne n’est dupe, le plus difficile reste à faire. Si nous voulons voir ce projet aboutir, nous devons poursuivre le débat autour de ces questions. Nombreux sont ceux qui ont regretté leur manque de clarté. La traduction concrète des principes présentés et approuvés lors de cette consultation ne devra décevoir personne et répondre au désir profond de changement au sein de notre parti. En effet, les attentes sont grandes et il y aura nécessairement beaucoup d’obstacles, de conservatismes, même au sein d’un parti tourné vers le progrès.

Il n’est pas nécessaire de rappeler depuis combien d’années nous annonçons aux Français la fin du cumul des mandats.

Le résultat des votes aux 11 questions est sans ambiguïté : 11 « oui » pour que ça change, pour que le PS redevienne le moteur du progrès de la société, pour que nous ne connaissions plus de congrès débouchant sur des luttes fratricides ou de campagnes présidentielles dans lesquelles le parti ne s’engage pas sans réserve derrière sa candidate ou son candidat.

Il est de notre responsabilité de militants que ces sujets restent sur la table. Nous devons participer à la réflexion avant que les décisions ne soient prises.

À travers les remarques exprimées par certains d’entre nous à l’occasion de ce scrutin, les craintes que la montagne accouche d’une souris sont manifestes :

  • Pourquoi ne pas avoir proposé le non-cumul total, comme cela se pratique dans certains pays ?
  • Est-il réellement nécessaire pour un député d’avoir un mandat local pour rester « en prise avec la réalité » ?
  • Ne faudrait-il pas réfléchir au statut de l’élu ?
  • Allons-nous pouvoir mettre en pratique une parité totale sans rencontrer certains obstacles ?

Pour nous aider à répondre à ces questions et toutes celles qui viendront lorsqu’il sera temps de finaliser ces réformes, la section de Montréal invite l’ensemble des militants de la Fédération des Français de l’étranger à participer à une étude des pratiques politiques de leur pays d’accueil.

Nous le savons bien, nous, militants de l’étranger, sommes pour le Parti socialiste une richesse trop souvent négligée.

Par notre connaissance des pratiques des autres pays, nous avons quelquefois les réponses ou les arguments permettant d’orienter les débats sur bien des sujets.

À travers une série de questions ouvertes, nous souhaitons pointer les similitudes et les différences avec les pratiques françaises.

In fine, l’ensemble des réponses que nous parviendrons à réunir servira de base à des orientations, sinon des propositions concrètes, pour aider le bureau national à accomplir au mieux la tâche qu’il s’est assignée avec l’appui d’une majorité d’entre nous.

Introduction

La section du parti socialiste de Montréal organise depuis deux ans des « conversations socialistes » qui ont pour objet d’aborder un thème choisi parmi diverses propositions des militants et qui, tout en ayant un lien avec des préoccupations du moment en France, permettent d’analyser ce qui se passe localement dans le domaine étudié.

Ainsi, dans le contexte du projet de loi Pécresse sur la réforme de l’Université, la section avait-elle lancé en 2007 une conversation socialiste sur le thème de l’enseignement post-secondaire qui avait abouti début 2008 à l’adoption d’une motion de la section associée à un rapport de quelques pages. Ces résultats avaient été diffusés aux instances fédérales et nationales.

Notre parti a été profondément affecté par les questions de gouvernance, particulièrement au cours des derniers mois, mais plus généralement depuis de nombreuses années. Cela a contribué à plusieurs désastres, les plus retentissants étant ceux de la présidentielle de 2002, puis de la présidentielle de 2007 et enfin de l’élection de Martine Aubry au poste de Premier Secrétaire qui a vu le parti littéralement coupé en deux après des semaines de tractations peu glorieuses pour leurs auteurs le débat d’idées ayant été relégué au second plan.

Lors de sa première réunion, la nouvelle CA élue fin 2008 a accepté le principe de conduire sans attendre une réflexion sur la question vitale de la gouvernance pour l’avenir du PS dans le cadre de ces « Conversations socialistes » que nous avions inaugurées en 2007.

Les premières réunions ont progressivement conduit à constater que le comportement des cadres du parti, notamment ceux que l’on appelle les « éléphants », comportement souvent qualifié de suicidaire, était en grande partie responsable de cette succession d’échecs (depuis, un nouvel échec est venu s’ajouter aux précédents avec les résultats calamiteux du parti aux élections européennes). A partir de ce constat, les militants impliqués dans ce « remue-méninges » se sont demandé pourquoi de tels comportements perduraient depuis tant d’années et ont pensé qu’il fallait chercher à établir un lien entre ces comportements et le profil de nos politiques, hommes ou femmes. L’hypothèse a été émise que de tels comportements pouvaient être dus au fait que nous avons en France des professionnels de la politique, ce qui a conduit à s’interroger sur ce qui se passait dans d’autres démocraties ayant une culture et des modes d’accès aux responsabilités politiques différents des nôtres. D’où l’idée de procéder à un exercice de comparaison (« benchmarking ») avec quelques pays où nous avons des camarades qui militent dans les sections de la FFE.

À cette fin, il a été décidé de préparer un guide d’entretien sous forme d’un questionnaire qui pourra être renseigné lors de rencontres avec des responsables politiques de nos pays de résidence ou par l’établissement de contacts avec divers milieux tels que le monde universitaire ou les media. Dans un premier temps, la section de Montréal s’est elle-même essayée à renseigner son propre questionnaire afin de tester la pertinence des questions posées. La section a identifié une série de six thèmes qui se déclinent eux-mêmes en sous-catégories. L’interprétation qu’il convient de donner à certaines questions est parfois clarifiée par des commentaires associés.

Questionnaire

Les thèmes qui sont proposés sont les suivants :

  • Les critères de réussite d’un candidat à une fonction élective et/ou à des responsabilités gouvernementales (exécutives), selon les niveaux de responsabilité, portent-ils sur :
    • leur engagement idéologique ?
      Note : il existe par exemple un clivage (encore ?) assez net entre la vision de la société que peuvent avoir des citoyens de gauche et des citoyens de droite en France, ce qui n’est pas vraiment le cas au Canada ou personne ne remet en question l’économie libérale.
    • leur profil de gestionnaire ?
      Note : ceci peut constituer un atout d’autant plus important s’il n’y a pas de clivage idéologique marqué entre les partis d’un pays.
    • leur origine socioprofessionnelle ou leur niveau de formation ?
      Note : les deux aspects sont très liés, c’est pourquoi ils ont été regroupés.
    • leur expérience dans la sphère publique ?
      Note : cette expérience n’est pas nécessairement aussi importante pour des candidats à un mandat électif que pour des candidats à des postes ministériels, chef de gouvernement ou chef d’état.
    • leur séniorité ?
      Note : c’est un critère qui a sans nul doute une connotation très culturelle; dans certaines sociétés, la séniorité est associée – à tort ou à raison – à la sagesse.
    • leur notoriété ?
      Note : la notoriété est indissolublement liée à la possibilité qu’a eue un individu de se faire connaître, ce qui veut dire, d’accéder aux media. Elle pourra généralement permettre d’accéder à une certaine  popularité, que ce soit au niveau local ou national. Cela dit, notoriété et popularité ne peuvent être acquises uniquement par la possibilité d’accéder aux média; encore faut-il être l’auteur de faits que lesdits média ont relatés parce qu’ils représentaient quelque chose de nouveau ou de particulier susceptible d’intéresser le public.
    • leur appartenance communautaire ?
      Note : dans certains contextes, le fait d’appartenir à un groupe d’individus bien identifié du fait de son appartenance ethnique, confessionnelle, corporative, etc. peut être un critère décisif lors d’un scrutin. Voir aussi l’exemple de Harvey Milk.
    • leur proximité de leur électorat : vraie ou feinte (populisme) ?
      Note : vis-à-vis d’un certain électorat, un comportement populiste pourra apporter la popularité (on ne le sait que trop en France!). Mais la popularité peut aussi être acquise grâce à une authentique proximité de l’électorat sans pour autant s’adresser à son cerveau reptilien…
    • leur sexe ?
      Note : encore un critère très culturel, la place de la femme dans la société ou la perception qu’en ont les individus étant éminemment variable.
    • leur appartenance à des réseaux ?
    • leurs relations avec les media ?
    • autres critères ?
  • Les modes de désignation des candidats d’un parti selon les niveaux de responsabilité élective sont-ils : 
    • organisés selon des primaires internes (militants) ?
      Note : on pensera naturellement à la dernière primaire au sein du PS pour la présidentielle de 2007.
    • organisés selon des primaires élargies au public ?
      Note : nos camarades des États-Unis citeront évidemment les primaires chez les Démocrates et les Républicains pour la présidentielle.
    • selon des décisions prises au niveau de la direction du parti ?
      Note : et là, on pensera encore au PS et au mode de désignation (calamiteux) de ses candidats à l’élection au Parlement européen (voir aussi ci-après le paragraphe « Gouvernance »).
    • organisés selon d’autres procédures spécifiques (les préciser) ?
  • L’attribution d’une circonscription (ou d’une ville) aux candidats est-elle fondée sur des pratiques ou critères tels que :
    • « parachutages » ?
    •  approches stratégiques ?
    •  sondage d’opinion ?
    •  leurs chances d’être élus mesurées à l’aune des critères de réussite énumérés précédemment ?
  • Limitations des mandats électifs. Quelles sont leurs limitations :
    • en durée ?
    • en nombre de mandats successifs selon les responsabilités considérées ?
    • en termes de cumul ?
      Note : considérer le cumul des mandats électifs entre eux et avec des fonctions gouvernementales.
  • Gouvernance. Dans quelle mesure les décisions des partis politiques sont-elles :
    • centralisées ?
    • déléguées localement ?
  • Géographie politique.
    Comment varie l’échiquier politique selon que l’on se situe aux niveaux de représentation locale, régionale, fédérale, nationale, etc. ?
    Note : le Canada est un exemple où ce ne sont pas forcément les mêmes formations politiques qui représentent ces différents niveaux.
  • Autres thèmes.

Légende :

Réponses données par une jeune militante du PQ.

Réponses données par un jeune militant du PLQ.

Réponses au questionnaire

  • Les critères de réussite d’un candidat à une fonction élective et/ou à des responsabilités gouvernementales (exécutives), selon les niveaux de responsabilité, portent-ils sur :
    • leur engagement idéologique ?
      Note : il existe par exemple un clivage (encore ?) assez net entre la vision de la société que peuvent avoir des citoyens de gauche et des citoyens de droite en France, ce qui n’est pas vraiment le cas au Canada ou personne ne remet en question l’économie libérale.
    • Il n’y a pas comme en France une distinction gauche / droite sur l’échiquier politique. La distinction se fait sur l’opposition entre souverainistes et fédéralistes. Ce n’est qu’après l’indépendance du Québec que les partis politiques se positionneront entre droite et gauche.

      La réponse est clairement « non » : aucun parti fédéral ou provincial ne remet en cause l’économie libérale et il n’existe pas de véritable clivage gauche-droite au Canada.

    • leur profil de gestionnaire ?
      Note : ceci peut constituer un atout d’autant plus important s’il n’y a pas de clivage idéologique marqué entre les partis d’un pays.
    • La question d’être un bon gestionnaire est plus ou moins importante. On retrouve des personnes issues de l’administration publique. Certains sont des avocats, des économistes ou ont fait l’École Nationale d’Administration Publique (équivalent de l’ENA en France).

      Le fait d’avoir par exemple dirigé une entreprise et la capacité de s’entourer de gens qualifiés est un critère important d’un candidat à un poste exécutif (ministériel); cela est moins vrai pour un candidat à un poste électif.

    • leur origine socioprofessionnelle ou leur niveau de formation ?
      Note : les deux aspects sont très liés, c’est pourquoi ils ont été regroupés.
    • Les professions libérales sont très représentées. Ce sont les membres du parti qui désignent leurs candidats. C’est vrai qu’un candidat avec des compétences d’économiste ou de financier est recherché mais globalement on peut dire que le Parti québécois reste représentatif de la population. Ceci dit, on considère que la personnalité du candidat n’a que 5% d’influence localement sur le vote.

      Un beau CV est un critère très important, dans le domaine des affaires comme dans celui des professions libérales : avocats, médecins, etc.

    • leur expérience dans la sphère publique ?
      Note : cette expérience n’est pas nécessairement aussi importante pour des candidats à un mandat électif que pour des candidats à des postes ministériels, chef de gouvernement ou chef d’état.
    • Les candidats viennent du privé à 90%. La carrière politique est moins longue qu’en France. Un ministre qui échoue ne reviendra pas en politique.

      La majorité des candidats (peut-être 95% des ministres au Québec) n’a pas d’expérience dans la sphère publique, mais cela n’exclut pas la possibilité de faire une carrière politique comme élu. Toutefois, un échec lors du passage dans un gouvernement signifie en général qu’il est difficile de retrouver des responsabilités politiques.

    • leur séniorité ?
      Note : c’est un critère qui a sans nul doute une connotation très culturelle; dans certaines sociétés, la séniorité est associée – à tort ou à raison – à la sagesse.
    • Les personnes qui ont de l’expérience politique ont priorité. Pour les nouveaux élus on recherchera des personnes avec une expérience sociale comme le président de l’UDA (Union des Artistes). L’âge peut être un avantage ou un inconvénient. Lors de la dernière élection a été élu un député de 24 ans pour le Parti québécois.

      La séniorité est un atout, mais cela n’empêche pas le renouvellement de la classe politique.

    • leur notoriété ?
      Note : la notoriété est indissolublement liée à la possibilité qu’a eue un individu de se faire connaître, ce qui veut dire, d’accéder aux media. Elle pourra généralement permettre d’accéder à une certaine  popularité, que ce soit au niveau local ou national. Cela dit, notoriété et popularité ne peuvent être acquises uniquement par la possibilité d’accéder aux média; encore faut-il être l’auteur de faits que lesdits média ont relatés parce qu’ils représentaient quelque chose de nouveau ou de particulier susceptible d’intéresser le public.
    • Il y a une véritable compétition entre les partis pour attirer des candidats avec de la notoriété. Quand une personne connue accepte d’être candidate sous les couleurs d’un parti, cela fera la une des nouvelles du soir. Derrière cela il y a clairement une course entre partis pour avoir la plus grande audience nationale. La notoriété intellectuelle est particulièrement recherchée, plusieurs journalistes ont fait le saut en politique.

      La notoriété est importante. Le fait d’être connu (par exemple en ayant exercé le métier de journaliste à la télévision) aidera beaucoup un candidat. On parle de « candidats de notoriété » qui vont pouvoir créer une dynamique, un effet d’entraînement pour les candidats moins connus. Il existe toutefois quelques contre exemples.

    • leur appartenance communautaire ?
      Note : dans certains contextes, le fait d’appartenir à un groupe d’individus bien identifié du fait de son appartenance ethnique, confessionnelle, corporative, etc. peut être un critère décisif lors d’un scrutin. Voir aussi l’exemple de Harvey Milk.
    • On peut considérer le cas d’André Boisclair, ancien chef du Parti québécois et dont l’homosexualité était connue. Les gens ont eu tendance à croire que M. Boisclair n’a pas été élu comme premier ministre car il était homosexuel et que l’homosexualité n’est pas bien acceptée en ‘‘région’’. Cependant lesdites régions ont voté massivement pour le PQ. Ce sont les banlieues de Montréal qui n’ont pas voté PQ, ces banlieues sont majoritairement habitées par des jeunes familles éduquées pour qui l’homosexualité est bien tolérée. Donc même si les médias on voulu faire croire que Boisclair a perdu car il était homosexuel, en réalité ce n’est pas à cause de cela.
      Lors de la course à la chefferie du Parti québécois, l’opposition entre Pauline Marois et André Boisclair fut construite par les médias comme une opposition entre une femme et un homosexuel.
      La représentativité communautaire reste très importante. Ainsi on pourra choisir un candidat avec un nom grec s’il se présente dans un quartier grec ou un nom anglophone pour un quartier anglophone.

      Le sujet est un peu tabou, même si l’appartenance à un groupe spécifique a une importance; cela peut parfois être utilisé par les médias, comme pour ce chef du PQ dont on savait qu’il était homosexuel et qu’il avait consommé de la cocaïne. Cela peut aussi avoir une importance locale, comme le fait d’être issu d’une nationalité fortement représentée dans un quartier ou une circonscription. La langue du candidat est aussi un critère important : un candidat anglophone ne sera pas bien perçu dans un quartier ou une circonscription francophone et vice-versa. Il n’y a généralement pas de problèmes ethniques dans les grandes villes (trois députés noirs à Montréal); cela est moins vrai dans les régions.

    • leur proximité de leur électorat : vraie ou feinte (populisme) ?
      Note : vis-à-vis d’un certain électorat, un comportement populiste pourra apporter la popularité (on ne le sait que trop en France!). Mais la popularité peut aussi être acquise grâce à une authentique proximité de l’électorat sans pour autant s’adresser à son cerveau reptilien…
    • De plus en plus de politiciens vont jouer sur le côté populiste en raison de l’omniprésence des médias. Jamais un élu ne boira d’alcool devant public. Il y a une absence complète d’alcool dans les locaux de campagne. On ne verra pas non plus un candidat en train de fumer une cigarette en public.

      L’ADQ a eu jusqu’à très récemment un chef qui avait un profil très populiste et les candidats à un mandat électif n’ont pas le choix. Toutefois, il n’est pas concevable qu’un candidat se laisse aller par exemple à consommer de l’alcool avec ses électeurs ou à fumer en public.

    • leur sexe ?
      Note : encore un critère très culturel, la place de la femme dans la société ou la perception qu’en ont les individus étant éminemment variable.
    • On peut dire qu’il y a autant de candidates que de candidats. Mais à compétence égale une femme a la priorité. Les femmes veulent être choisies sur leurs compétences, il n’y a pas de mesure pour instituer une parité obligatoire.

      C’est un élément qui a pris de l’importance depuis le vote d’une loi exigeant la parité homme-femme au conseil des ministres (depuis 2007). Pour les mandats électifs, le PLQ favorise les candidatures de femmes, mais il n’y a pas de minimum imposé par la loi. En pratique, il n’y a que 30% de femmes au Parlement québécois et encore moins au Parlement fédéral : la représentation féminine au Parti Conservateur est symbolique, du fait notamment que toutes les femmes sont allées au Conseil des ministres pour satisfaire le critère de parité.

    • leur appartenance à des réseaux ?
    • Le Parti québécois est proche des centrales syndicales. Ces dernières appellent traditionnellement à voter pour le Parti québécois et elles envoient des bénévoles pour contribuer à la campagne. Le Parti Libéral du Québec compte lui sur les réseaux d’affaires. Globalement, on peut dire que les membres des ces deux partis ne sortent pas du même moule.

      Le PLQ est traditionnellement beaucoup plus proche du milieu patronal. Contrairement au PLQ, le PQ a des liens avec le milieu syndical. Il n’y a pas l’équivalent des réseaux liés à la formation d’origine type ENA ou Grandes Écoles. De même, on ne trouve pas de lobby franc-maçon.

    • leurs relations avec les media ?
    • Lors d’une campagne nationale, les chefs des partis doivent bien passer dans les médias. Il y a une très forte personnalisation de la campagne au point que seul le chef du parti passe à la télévision. Le chef peut se faire attaquer sur sa personne, comme Pauline Marois (cheffe du Parti québécois) lors de la dernière campagne provinciale où les médias la jugeait vieille et fatiguée. Les histoires sensationnalistes intéressent davantage les gens.

      Les grandes orientations sont données par les « chefs » de parti. Ils faut donc que ceux-ci passent bien dans les medias et aient de bonnes relations avec eux. Les autres candidats restent dans l’ombre des « chefs » au niveau national. Ce sont toujours les « chefs » que l’on verra à la télévision. Par contre, on verra souvent les ministres faire des interventions médiatiques sur des sujets particuliers. La politique spectacle existe aussi au Québec.

    • autres critères ?
    • Des enquêtes d’opinion sont parfois menées pour proposer différents noms comme candidats possibles dans une circonscription. Ceci dit, par le passé, un mauvais résultat dans une enquête n’a pas empêché un candidat d’être élu. Les partis s’interdisent de présenter un candidat qui aurait été condamné par la justice. Il y a un respect de la vie privée. Ainsi si le premier ministre du Québec, Jean Charest, avait une maîtresse, cela ne se dirait pas.

      Il est important de bien représenter les citoyens qui vous ont élu au niveau de sa circonscription. En revanche, les affaires privées (le fait par exemple d’avoir des aventures extra conjugales) n’intéressent pas les médias et ont peu d’influence sur l’électorat. Même le fait d’avoir des démêlés avec la justice n’est pas forcément pris en compte; ainsi le Maire de Montréal a-t-il pu obtenir récemment sa réélection malgré toute une campagne médiatique ayant révélé des pratiques délictueuses au sein de son équipe dans l’attribution de marchés. A cet égard, les partis eux-mêmes seraient plus attentifs à ces questions que les électeurs.

  • Les modes de désignation des candidats d’un parti selon les niveaux de responsabilité élective sont-ils : 
    • organisés selon des primaires internes (militants) ?
      Note : on pensera naturellement à la dernière primaire au sein du PS pour la présidentielle de 2007.
    • Au Parti québécois, tous les militants ont droit de vote. Pour désigner le chef du parti (qui sera le candidat au poste de premier ministre), on organisera autant de tours de scrutin pour éliminer les candidats (un à chaque tour) jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un.

      Au niveau fédéral, la réunion d’une convention est plus souvent utilisée pour désigner le candidat à un poste de parlementaire. Au niveau provincial, cette méthode est peu utilisée. Les candidats sont généralement cooptés et l’exécutif du parti constitué des militants les plus actifs va entériner les choix proposés. Les exemples de changements d’étiquette ne choquent pas trop même s’ils ne sont pas monnaie courante (un conservateur peut par exemple être retenu comme candidat libéral).

    • organisés selon des primaires élargies au public ?
      Note : nos camarades des États-Unis citeront évidemment les primaires chez les Démocrates et les Républicains pour la présidentielle.
    • Il n’y a pas de primaire ouverte et ce n’est pas prévu.

      Cette procédure n’existe pas au Canada et il n’y a pas de débat sur son éventuelle création.

    • selon des décisions prises au niveau de la direction du parti ?
      Note : et là, on pensera encore au PS et au mode de désignation (calamiteux) de ses candidats à l’élection au Parlement européen (voir aussi ci-après le paragraphe « Gouvernance »).
    • Si le Parti québécois souhaite imposer un candidat, les militants (de la circonscription) gardent le dernier mot.

      La réponse est clairement oui (ce qui semble cohérent avec la réponse à la question 1. ci-dessus).

    • organisés selon d’autres procédures spécifiques (les préciser) ?
    • Sans objet.

      Non.

  • L’attribution d’une circonscription (ou d’une ville) aux candidats est-elle fondée sur des pratiques ou critères tels que :
    • « parachutages » ?
    • Les jeunes sont souvent envoyés dans des circonscriptions difficiles, on considère l’exercice comme formateur.

      Oui, dans les « châteaux forts », c’est-à-dire là où l’on est sûr qu’une personnalité connue sera élue. Toutefois, cela est mal vu au niveau régional. Il peut aussi arriver que l’on place un jeune candidat dans une circonscription perdue d’avance, ce qui aura au moins l’avantage de lui assurer une première expérience.

    •  approches stratégiques ?
    • On pourra proposer une personne d’origine grecque dans un quartier grec ou bien l’ancien maire d’une commune pour devenir député de la circonscription. (Dans ce dernier cas, il devra quitter son poste de maire avant l’élection de député).

      Oui si les circonstances s’y prêtent; par exemple en désignant un candidat d’origine grecque dans un quartier où vivent beaucoup d’électeurs de la même origine (à rapprocher de la réponse à la question 7. sur l’appartenance communautaire).

    •  sondage d’opinion ?
    • Des sondages sont commandés pour tester un candidat dans une circonscription. Cela peut permettre de convaincre une personne de se lancer dans la course Le sondage est organisé par la direction du parti.

      Oui, les partis commandent des sondages, mais pas de manière systématique.

    •  leurs chances d’être élus mesurées à l’aune des critères de réussite énumérés précédemment ?
    • En effet.

      Oui, bien sûr.

  • Limitations des mandats électifs. Quelles sont leurs limitations :
    • en durée ?
    • Il n’y a pas de maximum. Au sénat fédéral, les membres sont désignés à vie, en réalité jusqu’à 75 ans.

      Aucune durée maximum n’est fixée pour les élus (maires ou parlementaires). Au niveau fédéral, les sénateurs peuvent être désignés à partir de 35 ans et le sont alors « à vie » (en fait jusqu’à 75 ans).

    • en nombre de mandats successifs selon les responsabilités considérées ?
    • Il n’y a pas de limite.

      Aucune limitation n’est fixée.

    • en termes de cumul ?
      Note : considérer le cumul des mandats électifs entre eux et avec des fonctions gouvernementales.
    • Aucun cumul n’est possible. Par contre, pour devenir ministre, il faut avoir été élu député. Ainsi, si une personnalité est nommée ministre, elle devra se faire élire députée dans une circonscription au suffrage majoritaire uninominal à un tour. Les petits partis comme Québec Solidaire souhaiterait l’instauration de la proportionnelle.

      Aucun cumul n’est autorisé (la loi l’interdit). Il faut être député pour être nommé ministre. Il existe toutefois la notion de circonscription « orpheline », soit une circonscription dans laquelle un parti n’ayant pas d’élu, c’est l’élu de la circonscription voisine qui va s’occuper de la circonscription orpheline (c’est une sorte de cumul de circonscriptions!).

  • Gouvernance. Dans quelle mesure les décisions des partis politiques sont-elles :
    • centralisées ?
    • Il y a un congrès national qui est prévu pour juin 2011. Avant cela une commission politique élabore une proposition principale, grandes lignes d’un projet politique inspiré par les réflexions provenant des circonscriptions.

      Des résolutions régionales vont être rédigées et présentées dans des conseils régionaux pour être votées puis présentées dans des congrès. Le parti élabore de son côté une plate-forme, mais ce sont les militants qui vont l’amender et l’approuver. L’exécutif national va ensuite présenter cette plate-forme aux électeurs dans ses grandes lignes.

    • déléguées localement ?
    • Ensuite, les circonscriptions sont appelées à amender le projet, puis c’est au tour des régions, puis enfin lors du congrès dont les membres amendent une dernière fois le projet pour le finaliser. Il sera finalement proposé au vote des militants. Il est à noter que les jeunes du Parti québécois (16 à 30 ans), à travers leur structure propre, représentent statutairement un tiers du corps électoral des militants.

      Il y a une forme de délégation au niveau des propositions (voir réponse ci-dessus). A ce niveau, la Commission jeunesse (militants de 16 à 25 ans) dispose d’un minimum de 33% des voix.

  • Géographie politique.
    Comment varie l’échiquier politique selon que l’on se situe aux niveaux de représentation locale, régionale, fédérale, nationale, etc. ?
    Note : le Canada est un exemple où ce ne sont pas forcément les mêmes formations politiques qui représentent ces différents niveaux.
  • Le taux de participation aux élections municipales est très faible car il n’y a pas d’enjeux idéologiques. 80% des maires se font réélire. Le débat de société se fait au niveau provincial.

    L’appartenance à une formation politique est peu revendiquée au niveau local (les maires ne mettent pas le drapeau de leur parti en avant). La politique locale est donc assez nettement affranchie des considérations partisanes qui prévalent au niveau provincial ou fédéral et relève souvent de la politique spectacle, ce qui conduit les électeurs à s’en désintéresser. La participation aux élections municipales est donc très faible, mais le taux de reconduction des maires est très élevé (de l’ordre de 80%). Les débats de société se situent au niveau provincial ou fédéral.

  • Autres thèmes.
    Pourquoi fait-on de la politique ?
  • Pour des convictions, certainement pas pour de l’argent. Il y a une fracture idéologique entre le fédéral et le provincial. Par exemple, il existe un petit nombre d’anglophones qui militent au Parti québécois et qui souhaitent donc l’indépendance du Québec pour pouvoir mener des politiques différentes comme le respect du protocole de Kyoto.
    Pour faire progresser le taux de participation, notamment des jeunes, les militants font la tournée des bars, des universités. On observe un phénomène de vases communicants entre le poids électoral du Parti québécois au niveau provincial et le Bloc québécois au niveau fédéral. Lorsque l’un est puissant, l’autre est faible et inversement.

À la question subsidiaire de savoir pourquoi on faisait de la politique au Québec ou au Canada, il a d’abord été répondu ce pour quoi les membres de son parti n’en font pas, à savoir l’argent ! La motivation est plus idéologique au niveau fédéral, tandis qu’au niveau provincial, la question nationale est bien importante. Bien que le PLQ soit de centre droit, un fédéraliste de gauche n’irait pas rejoindre les rangs du PQ. Si le Québec accédait à la souveraineté, il serait sans doute alors possible de déplacer le débat vers des questions de société. Il est noté à l’occasion de cette discussion que les électeurs les plus à droite sont plutôt fédéralistes et les plus à gauche, plutôt souverainistes, tandis que les anglophones du Québec voteraient libéral (ce qui, par transitivité, les placerait parmi les fédéralistes…).

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