Contexte politique à la veille des élections fédérales canadiennes
Description d’un contexte politique à la veille des élections fédérales canadiennes
Les faits
- Quels partis en compétition ?
Pour simplifier, nous pouvons dire que quatre partis sont en compétition : le Parti Libéral de Paul Martin, le Parti Conservateur de Stephen Harper, le Nouveau Parti Démocrate (NPD) de Jack Layton et le Bloc Québécois de Gilles Duceppe.
Le NPD est le parti frère du Parti Socialiste français, étant membre de l’Internationale Socialiste. Son orientation est sociale-démocrate et ses origines historiques sont syndicales. Depuis sa création en 1961, ce parti de gauche n’a jamais gouverné au niveau fédéral.
Le Parti Libéral : pour le situer politiquement nous pouvons simplifier en affirmant que les libéraux sont au centre-droit de l’échiquier politique.
Le Parti Conservateur : grosso modo, ce parti est la transposition du parti conservateur en Grande-Bretagne. Économiquement, il est clairement libéral et d’un point de vue moral, il est conservateur. Les valeurs de la famille et du travail sont les piliers de ce parti.
Le Bloc : il s’agit d’un parti que nous pourrions qualifier de social-démocrate mais qui défend les seuls intérêts du Québec. Il prône la souveraineté du Québec.
- Présentation rapide des institutions, raison de l’élection
Le Canada est une démocratie parlementaire et le chef de la majorité est le Premier Ministre. Le Premier Ministre peut être obligé de former un gouvernement minoritaire s’il n’obtient pas assez de sièges. Et il semblerait que cela va être le cas.
- Résumé des positions des partis
Les Conservateurs ont une position moralisante sur les choix de société et les discours finissent parfois par « God bless Canada » (Le Devoir, Samedi 21 janvier, C. Cauchy). Sur le plan économique, il soutient une baisse des impôts, et de la taxe sur la valeur ajoutée. Pour les affaires étrangères, Monsieur Harper voudrait construire le bouclier anti-missile avec les États-Unis. Il voudrait aussi augmenter substantiellement les dépenses militaires. En matière de santé, le secteur privé peut être un moyen de régler le manque de médecins. Et bien sûr, les Conservateurs attaquent l’intégrité morale des Libéraux, mêlés à des affaires de corruption.
Les Libéraux contre-attaquent en rappelant la situation positive du Canada : bonne image internationale, économie dynamique, chômage à 6,8%, valeurs progressistes défendues.
Le NPD s’oppose aux baisses d’impôt qui profitent aux couches les plus aisées. Il rappelle la nécessité de respecter le protocole de Kyoto, et de mettre un frein au libre-échangisme nord-américain (ALENA) en empêchant les entreprises de poursuivre les États qui ne respectent pas les accords.
Le Bloc Québécois fait de la souveraineté du Québec son cheval de bataille, ainsi que le rééquilibrage fiscal des régions. En effet, le Québec donne beaucoup plus qu’il ne reçoit, et souhaite une distribution plus juste.
Analyse : les conséquences pour la France
L’ouverture sur le monde, et la vision humaniste du Canada sont en grande partie l’œuvre des Libéraux au pouvoir depuis plus d’une décennie : le non à la guerre en Irak, la ratification du protocole de Kyoto, le refus du bouclier anti-missile, l’acceptation du mariage gay et d’autres avancées progressistes. La politique étrangère du Canada retrouve souvent les positions françaises, au risque de fâcher les puissants voisins du Sud. Un gouvernement conservateur pourrait changer la donne et affaiblir une vision multipolaire du monde. Cependant, ce gouvernement sera très probablement minoritaire et ne pourra pas changer si facilement la politique internationale de ce pays. Mais une nouvelle dynamique va certainement s’instaurer : de nombreux « néo-canadiens » sont d’origine asiatique et ne considèrent pas l’Europe comme l’allié naturel et incontournable. L’influence française et européenne va donc s’affaiblir sans véritable politique cohérente. En plus, les Canadiens ont aujourd’hui rendu l’alternance possible et nous pouvons nous attendre à un renforcement du Parti Conservateur dans les années à venir dû aux changements démographiques. La situation est donc inquiétante pour les intérêts de la France.
L’action à mener pour accroître l’influence de la France au Canada
- Besoin de faire du lobbying
Le gouvernement français doit faire un véritable effort d’explication de ses positions internationales pour convaincre. Nous devons aussi aider la présence française au Canada qui est une source non négligeable d’immigration au Québec. En aidant la communauté française, en lui donnant une véritable reconnaissance, le rayonnement de la France sera accru. La France doit rester aussi un important investisseur au Canada.
- Liens plus intenses avec le Québec : quelle politique face au souverainisme ?
Quelle politique la France doit-elle avoir face au souverainisme ?
La République est une et indivisible. Pour un Français, il est donc impossible d’avoir un jugement a priori positif sur la question. Mais nous devons étudier la question en terme de bien-être d’un peuple « distinct ». La section de Montréal pourrait proposer une réflexion à ce sujet prochainement.
- Rééquilibrer les flux des échanges étudiants
Lors d’un entretien à l’ambassade, l’Ambassadeur de France au Canada discutait des échanges étudiants entre la France et le Canada. Les flux sont déséquilibrés : un Canadien pour cinq Français. Nous devons tout faire pour former une partie de l’élite canadienne dans nos Écoles et Universités. Il s’agit d’une des façons les plus efficaces d’enseigner une autre vision du monde.