La section de Montréal est préoccupée par l’avenir de l’UQAM


Considérant le travail antérieur de la section sur le rôle de l’enseignement supérieur et des universités ;

Considérant la présence de nombreux étudiants et professeurs compatriotes au sein de l’UQAM ;

Considérant les revendications des professeur(e)s de l’université du Québec à Montréal qui souhaitent obtenir une plus grande égalité au sein des universités au Québec et pour que l’université garde une indépendance vis-à-vis du privé ;

Considérant les revendications de l’ensemble de la communauté de l’UQAM en vue d’un réinvestissement massif dans l’enseignement supérieur ;

Considérant la situation particulière de l’UQAM, université ayant joué un rôle important au sein de la société québécoise tant pour l’éducation que la recherche ;

Considérant par ailleurs la grève des enseignants-chercheurs en France confrontés à des problèmes similaires et à une même surdité sur le rôle du savoir dans la société

Est proposé :

  • que la section du Parti Socialiste de Montréal donne son soutien à  la communauté de l’UQAM dans ses revendications ;
  • que la fédération des français à l’étranger (FFE) et le bureau national soient informés de la situation de l’UQAM et du soutien de la section montréalaise.

Plutôt que de ré-expliquer les enjeux de cette grève, nous avons décidé de laisser la parole aux professeurs de l’UQAM. Les textes complets des citations qui suivent sont disponibles sur le site Internet Spuqengreve.wordpress.com


La situation actuelle me semble en grande partie une mauvaise reprise de la tentative de 1976: cette fois, ce n’est plus l’UQ qui mène le bal, mais ce qui nous tient lieu de ministère de l’Éducation et de gouvernement à Québec. Avec, au nom d’une pseudo nouvelle conception de la «gouvernance», sous le couvert d’une volonté de rationaliser les «ressources humaines», le même objectif qu’en ‘76 : remettre la conduite des affaires universitaires aux mains d’administrateurs que, pire encore qu’avant, on ira chercher dans le privé — lequel, c’est bien connu, s’y connaît parfaitement en matière de direction universitaire. Curieux, il me revient en mémoire ce slogan des étudiants de l’UQAM des années 70: «Non à l’usiniversité». Faudra-t-il le relancer? S’étonnera-t-on que j’appuie le SPUQ dans des revendications qui visent à construire une meilleure université? Que je dénonce le nouveau coup de force gouvernemental?
Luc Desnoyers - Pourquoi j’ai choisi l’UQAM et ne l’ai jamais regretté

En 1971, le sociologue Fernand Dumont avait fait cette mise en garde contre l’américanisation des universités du Québec: «Quand le chômage gagne des industries vieillies, faut-il continuer de courir après les secteurs de pointe de l’économie américaine? Quand il n’y a encore aucun centre de recherche un peu important dans le Québec (…) faut-il envier la NASA? Devant le petit nombre de professeurs dans la plupart de nos départements, faut-il lorgner rageusement du côté d’Harvard?»
En voulant singer les universités américaines, celles du Québec risquaient d’en devenir une parodie ridicule: «Ou bien nous ferons de nos universités de piètres répétitions ou de ridicules modèles réduits des institutions les plus prestigieuses (ou les plus riches) d’alentour; ou bien nous déciderons que c’est en revenant aux intentions fondamentales de l’apprentissage et pour un pays comme celui-ci que les objectifs doivent être formulés».
Le capitalisme déracine les universités de la communauté politique à laquelle elles appartiennent pour les brancher directement sur les fluxs économiques de production de valeur. Pour créer de la richesse, il faudrait sacrifier les cultures et lancer les universités dans une course à l’armement intellectuel animée par le fantasme de faire fortune dans «l’économie du savoir». Or, celles-ci devraient plutôt assurer la formation intellectuelle de gens capables de participer à la société québécoise et d’en avoir le souci.
Éric Martin - L’Université pour quoi faire?

"Voilà bien le nœud du problème: le sous financement des universités. Celui-ci est le fruit d’une sous pensée, d’une incapacité à penser l’université pour ce qu’elle est et doit demeurer, soit une institution dont la première mission n’est pas exclusivement l’enseignement […], auquel cas nous devrions tous enseigner six cours au minimum. La mission de l’université est plutôt celle d’un enseignement supérieur nourri par la recherche et stimulant cette dernière en retour, notamment dans les programmes de maîtrise et de doctorat, mais également au premier cycle. Voilà pourquoi, il nous faut plus de professeurs."
Jean-Marc Larouche - Le sens de la mesure

"Une grève de professeurs d’université, c’est beaucoup d’étoiles qui s’éteignent dans le firmament intellectuel québécois"
Des étoiles en veilleuse…

Le discours politique et administratif contemporain considère trop souvent que toute activité doit être justifiée, et son intérêt mesuré, par son impact économique potentiel. Ainsi on en vient à affirmer qu’il est de bon aloi d’investir dans les activités culturelles parce qu’elles constituent un levier économique important, plaçant ainsi la prospérité de l’économie à l’avant-plan de nos priorités sociales. En cela, la logique du discours nous apparaît complètement inversée. Il serait en effet beaucoup plus adéquat de considérer que c’est la prospérité de l’économie qui apporte un levier nécessaire au développement de la culture, considérant ainsi que ce développement est un but social sur lequel on s’accorde dès le départ.
François Bergeron et Christophe Reutenauer - L’Université, entreprise économique ou institution sociale?

[…] pour arriver à boucler leurs budgets trop étriqués, [les universités] font de plus en plus appel aux chargés de cours pour dispenser l’enseignement.  Il semblerait que la situation soit semblable dans toutes les universités du Québec, où plus de la moitié des cours serait donnés par des chargés de cours. C’est certainement le cas à l’UQAM où la la proportion de cours de premier cycle donnés par des chargés de cours est de 60%. Sans parler de l’impact que cela peut avoir sur la formation des étudiants, malgré l’excellent travail fait par les chargés de cours, le résultat global est un autre déficit de chercheurs qu’on peut espérer n’être que conjoncturel.
[…]
Un autre aspect de la question semble susceptible d’hypothéquer encore plus la capacité de recherche des professeurs universitaires du Québec. En effet, toutes les universités du Québec paraissent confrontées à une remise en question par le gouvernement du Québec de la tâche des professeurs universitaires, avec l’objectif apparent d’en augmenter la composante enseignement. On fait face ici à une vision réductionniste du rôle des universités qui tend à limiter leur mission à celle de la simple formation de personnel hautement qualifié. Bien sûr les universités jouent aussi ce rôle, mais la différence entre les sociétés en voie de développement et les sociétés avancées, s’observe clairement dans l’importance qu’on y accorde à la recherche de haut niveau. La vision gouvernementale semble ici totalement à courte vue.
François Bergeron - Appel à la grève globale en support à la recherche et à la création

Nous savons enfin quel est le projet de société du gouvernement Charest. 300 millions  pour le casino, soit 10 fois ce qu’il faudrait à l’UQAM pour un fonctionnement normal. Et  zéro pour l’UQAM.
Louis Brunet, Directeur du département de psychologie - Des sous pour le casino; et pour l’UQAM? (Paru dans le Devoir du 27 mars)

 


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