Rencontre avec Laurent Fabius
Réunion avec Laurent Fabius : le jeudi 29 septembre 2005
Le jeudi 29 septembre 2005, des militants socialistes, mais aussi d’autres sympathisants de gauche, ont rencontré Laurent Fabius dans un hôtel de Montréal.
Pendant ces deux heures de discussion, nous avons abordé de nombreux thèmes intéressants. Nous avons bien sûr discuté de sa motion déposée pour le Congrès du Mans.
Il s’agissait d’une occasion en or pour poser toutes les questions qui nous venaient à l’esprit. Inutile de dire que de nombreux camarades ne comprenaient pas le « non » de Laurent Fabius pour le référendum et cette rencontre a peut-être permis de mieux comprendre la position de l’ex-Premier Ministre.
- Remarques sur le Québec et sur la tolérance :
- les gens ici semblent plus ouverts, plus tolérants aux autres cultures,
- le Canada est une terre d’immigration,
- c’est historique, à partir des années 60 une opposition face à l’Église catholique est apparue.
- Le service public québécois semble résister au démantèlement libéral à la mode dans le monde. Ce phénomène est à mettre en relation avec le « nationalisme » québécois. Même la droite serait opposée à la privatisation d’Hydro-Québec.
- Sinistrose en France. Elle est principalement due à l’économie morose. En plus de cela, les gens n’ont plus d’espoir pour le futur, pour leurs enfants. L’école ne joue plus le rôle d’ascenseur social, comme c’était le cas pour les générations précédentes.
- L’enseignement supérieur. Comment faire pour financer beaucoup plus l’enseignement supérieur ? La politique a pour rôle d’apporter un projet. L’éducation est coûteuse, mais c’est l’avenir de la France qui n’investit pas assez d’argent dans le supérieur et la recherche. Des choix doivent être effectués.
- Le pouvoir d’achat. La gauche doit apporter des réponses concrètes à des problèmes bien réels des Français. Porter le SMIC à 1500 € serait symbolique et ne serait pas une augmentation qui pénaliserait la compétitivité des entreprises. Si la gauche ne propose pas un programme audacieux, qui le fera ?
- Un plan Marshall pour les nouveaux états membres. Lors de la réunification de l’Allemagne, la RFA a dépensé environ 600 milliards d’euros pour rehausser le niveau de l’Allemagne de l’Est. L’Union compte dépenser environ 25 milliards d’euros pour aider les dix pays entrants qui sont souvent plus pauvres que l’était l’Allemagne de l’Est en 1990 ! Ainsi, la France doit faire preuve de leadership au sein de l’Union et proposer un plan Marshall pour les pays de l’Est afin d’éviter les délocalisations et le « dumping social ». Par ailleurs, la France doit faire un geste pour la PAC. Ces décisions sont difficiles, mais c’est cela la politique. Il faut faire passer des décisions difficiles, en donnant de l’espoir aux peuples. L’effort dans la population doit être réparti avec justice, c’est un principe du socialisme.
- Une nouvelle dynamique pour l’Europe. Après la non-ratification du traité constitutionnel par la France, il faut reprendre l’initiative et continuer à aller de l’avant. L’élargissement à 25 pays a abouti à la paralysie du projet européen. De nouveaux progrès politiques et sociaux peuvent être accomplis par un sous-ensemble de l’Union. Les pays qui partagent déjà l’euro pourraient constituer ce groupe. Les autres pays de l’Union décideraient de les rejoindre dans un deuxième temps. Enfin un troisième ensemble pourrait privilégier le statu quo sans empêcher les autres d’avancer.
- Sans une gauche unie au second tour, le Parti socialiste ne pourra pas gagner les présidentielles et d’autres élections. Nous ne devons pas « insulter » les autres partis de gauche et être à l’écoute des verts, des communistes. Mais le Parti socialiste doit être aussi attentif aux forces sociales comme les associations, les syndicats et la « rue ».
- L’extrême droite. Les autres motions du Parti pour le congrès du Mans ne considèrent pas l’extrême droite et n’analysent pas les sources de ce problème. L’extrême droite a fait un score inquiétant de 17% le 21 avril 2002. Les électeurs d’extrême droite ne doivent pas être stigmatisés, ce sont très souvent des Français sans espoir.
- Le problème du logement et de la mixité sociale. Toutes les communes doivent fournir des logements sociaux. Neuilly-sur-Seine, la commune de Nicolas Sarkozy, ne comporte que 2,5% de logements sociaux, contrairement aux 20% requis. Laurent Fabius propose de ne plus financer les grands travaux des communes qui refusent ce taux de logements.
- Le Québec donne un exemple intéressant de discrimination positive. Cette « affirmative action » est chère à la gauche nord-américaine.