Résultats des élections canadiennes du 23 janvier 2006
Victoire du Parti conservateur, fin de 12 ans de règne du parti Libéral
Le déroulement de la campagne
La publication du premier rapport du juge Gomery a confirmé l’implication du parti Libéral dans le scandale des commandites (financement frauduleux, détournement de fonds publics).
Le Parti néo-démocrate n’a plus souhaité soutenir le gouvernement de Paul Martin et a déposé une motion de censure qui a abouti à son renversement.
Au début de la campagne électorale, les sondages laissaient penser que le parti Libéral serait reconduit et qu’il ne perdrait qu’un nombre limité de sièges.
Au Québec, le Bloc Québécois (parti souverainiste) pouvait espérer augmenter son emprise sur la province. Il détenait alors 54 députés sur 75 sièges réservés à la province.
Les Libéraux ont fait campagne en mettant en avant leur bilan économique plutôt flatteur : croissance économique soutenue, chômage historiquement bas, budget fédéral excédentaire.
Ils ont également utilisé des publicités diffusées sur tous les médias pour attaquer à la fois les Conservateurs en tentant de les diaboliser et le Bloc québécois en insistant sur l’inutilité de voter pour un parti qui ne souhaite pas gouverner. En retour les trois autres partis, Conservateur, Bloc Québécois et Nouveau Parti Démocratique (NPD) ont insisté sur la malhonnêteté des libéraux.
Le chef conservateur Stephen Harper a démarré sa campagne au Québec par une maladresse. Lors d’une conférence de presse, il n’a pas semblé être en mesure de citer les noms des candidats québécois de son propre parti. Mais par la suite, ses engagements à réduire la fiscalité fédérale et à soutenir l’affirmation culturelle québécoise (à travers une représentation propre à l’UNESCO) semblent avoir séduit une partie de l’électorat. Il s’est bien gardé d’aborder les sujets qui « fâchent » comme le mariage gay, la guerre en Irak ou le respect du protocole de Kyoto. Le leitmotiv était de ne pas effrayer l’électeur. Les éléments les plus radicaux de son parti auraient reçu la consigne de ne pas s’exprimer dans les médias.
Les résultats de l’élection
Le parti Conservateur obtient 124 élus, ce qui ne lui permet pas d’avoir la majorité absolue de la chambre des députés qui compte 308 sièges.
Ils obtiennent 25 députés de plus qu’en 2004, lors de la précédente élection.
Les libéraux passent de 135 à 103 élus, le Bloc Québécois de 54 à 51 et le NPD de 19 à 29.
La participation a interrompu sa tendance au déclin avec 64,9% contre 60,9%.
Analyse du scrutin
Quand on observe la répartition du vote, les libéraux restent majoritaires à l’est du pays. Ils arrivent en tête dans l’île-du-Prince-Édouard, le Nord, le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse, l’Ontario et Terre-Neuve.
Par contre, l’Ouest du pays affirme encore plus fortement son enracinement conservateur. Ainsi l’Alberta n’a élu que des conservateurs (28 députés sur 28 comtés).
Dans les trois principales villes du Canada, Toronto, Montréal et Vancouver, les libéraux demeurent majoritaires.
Au Québec, le parti Conservateur progresse avec 10 élus mais reste derrière les libéraux (13 élus) et le Bloc (51 élus).
Cette progression est une surprise, ce parti n’ayant obtenu aucun élu dans cette province en 2004. Elle se fait aux dépens des libéraux mais aussi du Bloc.
La sortie d’un livre sur la campagne référendaire de 1995 pour l’indépendance du Québec a contribué à discréditer les libéraux. Ce livre confirme que le camp fédéraliste a bénéficié d’un financement illégal au regard de la loi électorale québécoise et que le parti libéral au pouvoir à Ottawa en est l’instigateur.
Le recul du Bloc québécois ne doit pas nécessairement être interprété comme un recul du sentiment souverainiste ; l’élection fédérale n’est pas l’échéance où se joue l’indépendance du Québec.
Le Parti québécois (pendant du Bloc au niveau provincial) a déjà annoncé que s’il remportait les élections provinciales (organisées au plus tard en avril 2008), il organiserait à nouveau un référendum sur la question de la souveraineté.
On peut supposer que l’envie de chasser les libéraux du pouvoir a été très forte. L’élection de députés conservateurs était le seul véritable moyen de les priver du pouvoir.
De plus, pour gouverner, les conservateurs vont être contraints, faute de majorité, de s’appuyer sur le Bloc.
Le NPD, membre de l’Internationale socialiste, n’obtient aucun élu au Québec, comme lors de la précédente législature.
Conclusions
L’arrivée des conservateurs soulève quelques craintes. Peu sont capables de dire ce qui se cache derrière le sourire glacé de Stephen Harper.
Le Canada va-t-il aligner sa politique sur celle des États-Unis ?
L’ouverture aux autres cultures, le respect des minorités séduisent de nombreux immigrants.
Cette élection marque-t-elle la fin d’un Canada progressiste qui bénéficie jusqu’à ce jour d’une excellente image à travers le monde ?
Le Nouveau Parti Démocratique progresse et représente maintenant 17,49% des votants mais il n’arrive toujours pas à s’implanter significativement ailleurs qu’en Ontario et en Colombie-Britannique.
Le Bloc Québécois ne réalise pas la percée que la déroute des libéraux laissait augurer. Au contraire ils perdent trois élus mais, paradoxalement, leur poids politique se retrouve renforcé.
Paul Martin abandonne la tête du parti libéral, emporté par les scandales. Scandales qui semblent davantage imputables à son prédécesseur Jean Chrétien.